Démarche artistique

Entre le temps du geste et le temps de la matière.

L’INSTANT NE SE LAISSE PAS RETENIR

Je peins cet instant fragile, entre ce qui arrive et ce qui s’efface déjà. Pas besoin de figer, de retenir, de maîtriser. L’Impermanence n’est pas une perte, c’est une forme de présence.

Ma peinture naît de cette attention portée à ce qui advient, se transforme et échappe.

LA TERRE PORTE UNE MÉMOIRE

La nature est ma source première. Je travaille avec des terres, des ocres, des pigments minéraux, du sel et des matières récoltées dans la nature. Je les choisis pour leurs couleurs et leurs matières, mais aussi, pour qu’ils portent en eux : une histoire qui me précède, une mémoire inscrite dans la matière.

LE GESTE COMMENCE, PUIS SE RETIRE

Mon geste est intuitif, physique, antérieur à la pensée. Il commence par un mouvement du corps : déposer, étendre, déplacer, superposer, effacer. Puis, à un moment décisif : je m’arrête. Je pose les outils.

À cet instant, quelque chose change. La peinture n’est plus seulement le résultat de mon intervention. Le processus se poursuit sans moi.

QUAND LA MATIÈRE PREND LE RELAIS

Le sel cristallise. L’eau s’évapore. Les pigments se déplacent. Les surfaces se contractent. Des craquelures apparaissent. Des transformations se produisent que je ne peux pas entièrement prévoir. La matière ne reçoit donc pas passivement mon geste : elle lui répond.

Je cherche précisément cet espace de tension, entre ce que j’engage et ce qui m’échappe. Il ne s’agit pas de renoncer à toute maîtrise, mais de savoir où elle doit s’arrêter.

Le geste amorce. La matière poursuit.

DEUX TEMPS SE RENCONTRENT

Ma recherche actuelle se construit autour de la rencontre de deux temporalités.

Il y a le temps court du geste : quelques secondes, un moment, un souffle. Et il y a le temps long de la matière minérale, façonnée par des processus géologiques qui dépassent l’échelle d’une vie humaine. La toile devient le lieu de cette rencontre. Le geste est contemporain.

LA MATIÈRE, ELLE, VIENT DE BEAUCOUP PLUS LOIN.

En travaillant avec des terres et des pigments issus de la nature, je prolonge aussi un geste très ancien : celui de l’être humain qui prélève ce que la terre lui donne pour laisser une trace.

De la première empreinte au geste d’aujourd’hui, quelque chose demeure : le désir de faire trace.

L’ABSTRACTION OUVRE UN ESPACE

L’abstraction me permet de ne pas représenter le monde, mais de travailler avec ce qu’il provoque. Je ne cherche ni le paysage ni la forme reconnaissable. Je cherche une présence : une tension, un rythme, une profondeur, une trace.

Relief, texture, dépôt, transparence, craquelure, superposition, deviennent des éléments d’un langage ou rien n’est complètement arrêté. La surface évolue.

Elle conserve les accidents, les déplacements, les résistances. Elle garde la mémoire du geste et celle de la matière. Chaque toile devient alors un espace de passage.

Une invitation à ralentir, à regarder, autrement, apercevoir ce qui apparaît au moment même où cela commence à s’effacer.

MÊME SILLON, PLUSIEURS MÉTAMORPHOSES

Chaque série approfondit la même recherche.

Métamorphoses, Éclats, Passagère, Immersion ne sont pas des changements de direction. Ce sont différentes traversées d’une même question :

Comment le geste peut-il capter l’instant et le mettre en dialogue avec ce qui dure ?

HABITER CE QUI ÉCHAPPE

Peindre devient alors une manière d’habiter ce qui échappe.

Accepter qu’une part que l’œuvre ne m’appartienne pas entièrement.

Laisser une place au hasard, à la transformation, au temps.

Peindre, pour moi, c’est rester présente à cet instant où le geste rencontre ce qu’il ne peut pas contrôler.

Laisser la trace dire ce que les mots ignorent.

Ce n’est pas une surface.

C’est un seuil.

Et si ce qui nous échappe était précisément ce qui nous permettait de voir autrement ?